C'était comme ça depuis qu'il avait 9 ans, au moindre énervement, il partait courir pendant une demi-heure et revenait tout sourire. Je n'ai jamais compris pourquoi, c'était comme ça, et quand j'ai enfin osé poser la question à nos 11 ans : il m'a sèchement répondu
- Ce n'est pas tes affaires
- Mais pourquoi tu ne veux pas qu'on t'accompagnes alors ?
- Tu ne peux pas comprendre
En effet, je ne peux pas comprendre quand je cours je m'ennuie, je sus et c'est tout ce que ça me fait. C'est mon frère et je n'arrive pas à comprendre cette habitude. Parfois, je dois dire que ça m'agace, mais j'ai toujours eu ma revanche, les jours de pluie. Bill déteste la pluie, mais vraiment alors ; c'est une haine réciproque j'imagine, et ces jours là, le seul réconfort qu'il trouve, ce sont mes bras. Et bien sur, je ne lui ai jamais refusé.
Puis le chant a progressivement pris la place de la course à pied, même s'il continuait toujours à partir je ne sais où. Puis le succès a suivi, et les rares moments où il aurait pu courir, devinrent essentiels pour dormir. Autant dire qu'il fut bougon Billou. Et donc, pour l'obliger à être sympathique, maman lui a acheté une nouvelle combinaison pour courir ; mais ça n'a jamais suffit. Et désormais, elle paye la connexion internet de Bill pour son foutu IPhone !
Et c'est parti, un rapide coup d'½il dans la glace, je suis prêt pour l'échappatoire et j'en ai rudement besoin. J'ai eu la mauvaise idée hier d'aller sur Internet, je suis tombé sur le blog d'une jeune adolescente, Jeanne, sur le point de se suicider, avec plus aucun courage et je suis triste de ne rien pouvoir faire pour elle. Je dois me dégourdir les jambes, ça m'aidera à réfléchir. Une dernière vérification de mes poches, clés, mouchoirs, IPhone, argent ; tout est à sa place ; Let's go !